Le souffle du Colibri

J’ai écouté le colibri…
et il m’a soufflé ceci :

« Ne porte pas ce qui n’est pas le tien.
Ne retiens pas ce qui demande à s’envoler »

Puis il a repris son vol.
Laissant dans l’air quelque chose d’infime.
Un frémissement.
Et cette question…
Que pourrais-je déposer
pour me sentir plus légère ?

Autour de moi, l’automne avançait.
Une feuille venait de quitter sa branche.
Elle ne semblait pas savoir où le vent la conduirait.
Elle tournoyait.
Effleurait la lumière.
Puis se posait sur la terre.
Je l’ai regardée longtemps.
L’arbre, lui, demeurait.
Profondément enraciné.
Ses feuilles pouvaient s’envoler…
son ancrage demeurait.

Peut-être y a-t-il, en nous aussi,
des choses qui ont fait leur saison.
Des attentes auxquelles nous répondons encore,
sans savoir si elles sont les nôtres.
Des promesses prononcées
par celle que nous étions.
Des façons de nous tenir,
de nous taire,
de sourire…
qui nous laissent parfois si loin de nous-mêmes.
Nous les gardons.
Par habitude.
Par tendresse.
Par peur, aussi.
Car même ce qui nous pèse
peut nous sembler rassurant
lorsque nous le portons depuis longtemps.

Alors, comment reconnaître
ce qui demande encore nos soins…
et ce qui attend simplement
que notre main s’ouvre pour s’envoler ?

Le colibri revient.
Suspendu devant une fleur,
il y puise quelques gouttes.
Et passe à une autre,
émerveillé.
Il m’a appris que la légèreté
est un chemin de sagesse.
Que le nectar se cache dans chaque instant…
Il nous invite à nous arrêter
pour le savourer.

Je me suis demandé
combien de douceurs j’avais traversées
sans les sentir.
Occupée à prévoir.
À retenir.
À emporter déjà demain
dans les bras d’aujourd’hui.
Une lumière sur le mur.
La chaleur d’une tasse entre mes mains.
Un rire venu d’une autre pièce.
Tout était là.
Et moi…
où étais-je ?

J’ai senti mes épaules s’abaisser.
Mon souffle trouver un peu plus de place.
Rien n’était résolu.
Pourtant, quelque chose se desserrait.
Il n’était peut-être pas nécessaire
de tout déposer ce jour-là.
Une seule chose pouvait suffire.
Un oui que je ne pensais pas.
Une responsabilité que personne ne m’avait confiée.
Le besoin de savoir,
avant même de faire un pas,
où le chemin me conduirait.
L’automne ne se faisait pas en un jour.
À mes pieds,
certaines feuilles étaient encore vertes.
D’autres portaient déjà
la couleur du soleil couchant.
Chacune quittait sa branche
à son heure.
Je suis restée là.
Sans chercher à hâter la chute de la prochaine feuille.

Le colibri avait disparu,
mais je suivais encore des yeux
le passage de ses ailes.
Et j’ai songé à ces élans si discrets
que nous retenons parfois
avant même de leur donner une chance.
Un mot tendre.
Une chanson.
Une envie de créer
dont nous ne savons encore rien.
Peut-être qu’un peu d’espace
leur permettrait de prendre forme.
Peut-être que sous tout ce que nous portons,
quelque chose en nous
désire encore s’élancer.

Alors, ferme les yeux…
et laisse le battement de ses ailes
te rappeler le tien.
Écoute.

Qu’est-ce qui cherche à vivre en toi,
dans cet espace retrouvé ?

Une feuille se détache.
Tu respires.
L’automne poursuit son chemin…
et, doucement,
tu sens revenir ton élan.

Séraphine
Messagère de l’âme.
Tisseuse de liens entre les mondes

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